Poème

 

Carnoux en Provence

 

C’est un vallon perdu, ébloui de lumière
Caressé par le vent sur ses calcaires nus
C’est un vallon perdu, où meurent les rivières
Mais où naquit le rêve d’un prophète inconnu;
 
 
 
A deux pas de MARSEILLE, la belle phocéenne
Jouxtant avec CASSIS, la jolie balnéaire,
Née il y a trente ans de pierre marmoréenne
Et du père un peu fou, « Emilien » quelle affaire!
Carnoux: Le vieux cèdre. Laissez le temps au système de charger le chant des cigales.
 

AUBAGNE et LA BEDOULE, ses perplexes voisines

Ecarquillent les yeux à la vue du berceau
Au milieu du vallon; mais le pionnier s’obstine
Et les barres rocheuses sont coupées en morceaux;
  
Et les cailloux meurtris, éclatés, se brisant,
Sans une goutte d’eau, ce n’est pas un tracas,
Car l’endroit retourné sous le soleil cuisant
En parcelles est vendu jusqu’à CASABLANCA;
 
Et les déracinés, ceux-là venus d’ailleurs,
Se mettent à construire, sans perdre une seconde,
Si ce n’est pour le pire... Au moins pour le meilleur;
 
Nous sommes en cinquante-huit quand elle vient au monde;
 

Aubagne: La place

 

Carnoux l’oubliée, tu ravales tes cris,
Faute de volontaires, la grande idée s’essouffle;
Puis, par l’indépendance, refoulés d’ALGERIE,
Les « pieds-noirs » y affluent, ainsi qu’un second souffle;
 
Les métropolitains, séduits et attirés
Bientôt viennent ajouter au puzzle des morceaux
En tuiles rouges et roses, sous le ciel azuré,
Des maisons abritant les enfants provençaux.
 
Mais regardons, voici les anciennes maisons,
Derrière les haies vives, ombragées de verdure
Et les grands arbres des jardins en floraison
Où naissent au printemps, des oiseaux, les murmures;

Carnoux: Les lotissements

 

Puis l’église moderne où trône la vierge noire,
Comme celle d’Alger sur les hauteurs désertes
Et en vieux granit rose, pour poser le ciboire
Le maître-autel de la pêcherie de BIZERTE;
 
Tout en haut du clocher, comme cœur qu’on accroche
Sonnent à la volée le Dimanche AMELIE,
JOSEPHINE, DENISE ET JEANNE: quatre cloches
Celles de SAINT-DENIS-DU-SIG en ORANIE;

 

En face le rond point: Notre Dame d’Afrique
Qu’on a aménagé comme l’eut aimé MISTRAL
Avec des oliviers et des cyprès antiques,
Une tour de pierre sèches de style provençal;
 
 
Toi, visiteur qui passe, entre et regarde mieux,
Le bas-relief rosé, d’une grande beauté,
Dans le hall de mairie: un couple courageux
Que la Provence accueille, nus et déshérités,

Carnoux: Le clocher

 

 
 
Ils ont les bras chargés d’une gerbe de blé,
D’outils pour le travail, ils ont abandonné
Leur maison, le cœur gros, ils ont tourné la clé
Et ils ont traversé la Méditerranée!
 
La place Lyautey, rosée-ôcre-safrane,
Un hommage des Français du Maroc, pionniers,
Puis la rue principale, arborée de platanes
Où frissonnent les feuilles des rameaux printaniers.
 
 
 
 

 

Carnoux: Le Rond-Point

 

Puis le fameux rond-point où trône le blason
Aux trois croissants de lune: les pays d’outre-mer
Lambel sur fleur de lys dans le dextre maison
Enfin le champ de gueule barré de bleu de mer;
 
Et soutenant l’écu de la couronne murale
Aux deux tours crénelées, à droite l’olivier
Fruité de la Provence, enfin de couleur pâle
La palme dorée des pays rapatriés;
 
On a laissé plus haut un lieu de résidence
Sur les garrigues sèches, au milieu des villas,
Le surprenant village d’été et de vacances
Aux curieux toits sphériques, qu’on nomme Shangri-la.
 
Près du CAT « Arc-en-ciel » après « Lou Paradis »
Au plateau des Lavandes, laissons se reposer
De leur dernier sommeil, dans le coin du midi,
Sous les marbres fleuris pour les éterniser,

 

Tous ceux qui ne sont plus, ceux qu’on a tant aimés
Mais, ceux qu’on a laissés dans les terres africaines,
Ceux morts pour la Patrie et ailleurs inhumés,
Ont, dans le Mémorial, de la terre lointaine;
 
Si nous aimons les chiens, si nous sommes Dimanche
Allons au cynodrome, regarder un moment
Les greyhounds et whippets comme ceux d’outre-Manche
Qui pour un simple leurre courent allègrement.
 
 
Carnoux la sereine, dans le cœur de Provence
Polyarchitecture curieuse et harmonieuse
Aujourd’hui se dissout et sa coexistence
De terrasses et de tuiles fait les amours heureuses;
 
Les demeures sur les flancs des collines ont les yeux
Posés sur les toits plats des premières maisons
Au style colonial, sur les pins, le ciel bleu,
Et sur les cailloux blanc-brûlés, sur l’horizon;
 
 
Certaines ont le regard perdu sur la falaise
Rouge quand vient le soir, sur Cassis, sur la mer
Et même plus loin que l’horizon, en parenthèses,
Au-delà de Méditerranée... Outre-Mer...
 
 
Dans ce vallon tranquille, ébloui de lumière,
Caressé par le vent sur ses calcaires nus,
Dans ce vallon tranquille où meurent les rivières
Mais où vivra le rêve d’un « Prophète » inconnu.

Cassis

 

« Merci à tous ceux qui, par leur témoignages, revues, livres ou articles, ont contribué à m’instruire et ont suscité le désir de rimer sur Carnoux. »
 
Liliane RAMOS - 1988.
 
 

 

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